Lumière

1 août 2019

Emois, Poésies

L’artiste est un être tatillon, étonnant, qui erre sur des sentes chaotiques offertes aux secrets de l’ombre et de la lumière.

 

Architecte, il capture et filtre nos désirs de transparence.

Peintre, il cristallise les frêles nuances de nos sourires.

 

Musicien, il orchestre et rythme les plaintes de nos existences.

Poète, il éclaire nos nuits folles de l’éclat de nos phrases.

 

Je suis un peu de ceux-là. Sombre et sans doute pas une lumière !

A cheval sur mes syllabes. L’esprit dans des cieux constellés de mots.

 

Dans l’ombre, la nuit m’enlace. Mon âme s’évapore et murmure :

 

Hais moi émoi hais moi ! Je rêve d’être lisse comme la pierre…

 

Mais jamais l’émoi ne me hait.  Il m’imprègne, m’hydrate, m’apaise.

Puis s’écoule sur mes flots. Depuis toujours lié à la lumière.

 

 

A peine issu du sfumato bleuté de l’enfance, des longues heures noyées dans la brume,  je me livrais aux sombres lueurs romanes.

 

Austères, elles muraient de silence les paraboles de l’âme.

Froides, elles siphonnaient la source de l’esprit, le glaçaient, l’aspiraient.

Intérieures, elles grimaient leurs faces des regrets du Caravage.

Délectables, elles parfumaient leurs tissus d’essences primitives.

 

J’ai parcouru leurs arcanes. Longtemps recherché leurs clés de voûtes.

J’ai fouillé leurs absides. Souhaité la lumière dans leurs culs-de-fours.

 

Dans l’ombre, le mystère m’a enlacé. La foi lentement pénétré.

 

Crois en moi, poème, crois en moi. J’imagine une ellipse à  la mort…

 

Mais les lignes romanes m’ont ignoré. Elles se sont enfuies dans la nuit.

Ont surgi par un vitrail à midi. L’astre d’or pointé vers le cœur.

 

Puis mon âme s’enflamma aux facettes vives du verre multicolore sous la lumière énigmatique des gargouilles gothiques.

 

Verticale, elle révélait des rimes bercées de soleil.

Svelte, elle versait ses vers au vase en cupule du baptistère.

Douce, elle s’offrait aux fines fibres ténues du filet optique.

Multiple, elle fredonnait une alternative aux clartés intimes.

 

J’écoutais les dieux architectes. Ils scandaient de vastes emphases.

Aux heures de rayons galéjeurs, ils noyaient la pierre de leurs couleurs.

 

La palette m’ensorcelait. Les terres lentement se mélangeaient.

 

Enracine-toi, musique, fixe-toi. Invente un hymne à l’avenir.

 

Mais le granite est trop fier pour les subtiles césures du prisme.

A l’heure des vêpres, j’abandonnais les certitudes chromatiques.

 

 

Une adolescence baroque, ardente, esquissa des volutes féminines puis déversa sur le monde des chaudrons de poix.

 

Enivrante, elle exhalait des avenirs écarlates et pluriels.

Sentimentale, elle suivait le soir des chemins de noisette.

Hésitante, elle effleurait de la main une main hésitante.

Grandiloquente, elle prédisait demain dans les affres d’hier.

 

Elle côtoyait les aphorismes lumineux. Mesurés chez Musset.

Eclatants chez De Staël. Epris d’Apollinaire. Vifs chez Cézanne.

Elle vibrait aux courbes de Le Corbusier. Aux explosions de Zao.

 

Vogua le poème sur les mers de Blaise, les flots sereins d’Aragon.

 

De ligne en ligne, j’échouais sur les plages monochromes de Soulages.

Choqué, ébloui d’outrenoir, je jouais sur les années lumière.

 

 

Je pensais avoir atteint le paroxysme de la pertinence.

 

Jusqu’à ce soir…

 

 

 

Une guide prolixe au fort accent catalan me narra un petit homme qui admira longtemps sa ville ondoyant vers la mer.  

Il se nommait Gaudi. Il savait que son œuvre naîtrait ici.

Il la devinait immense. On la verrait du port et de Monjuic.

Il l’imaginait majestueuse. Il la voulait mirifique.

Elle s’élança vers les astres ébahis. Elle subjugua. Elle transporta.

 

Le moment venu, je hâtai le pas vers l’édifice. Je franchis le seuil…

 

L’émotion fut intense ! Retour à la source, à l’ignorance !

 

Une humanité verticale s’élançait. L’éternel me happa.

Une foule de jambes masquait le zénith. Je levai la tête.

 

La lumière jaillit de partout! L’émotion fut soudain prismatique !

 

Horizontale, la palette pénétra le sanctuaire.

Elle  heurta les cieux. Elle se courba sur la douceur de la voûte.

 

A main droite, un foisonnement de bleus et de verts étincela.

Il glorifiait le printemps de douces nuances crépusculaires.

 

A main gauche, un embrasement de jaunes et de rouges explosa.

Il déversait des hymnes endiablés sur la dentelle de pierre.

 

Seule la nef, austère, venait tempérer des ardeurs marginales.

Par instants, elles s’offraient des caresses violettes, orange puis mauves.

 

Pour la première fois depuis des siècles, je m’assis et je priai.

 

 

Ce matin j’ai rêvé d’un voyage en terre de lumière.

Il déposait des tons pâles qui forcissaient jusqu’aux ténèbres.

 

Il jouait dans les amples escales baroques de la phrase.

Il s’exaltait dans les fulminantes irisations du monde.

Il s’envolait vers les gothiques espérances humaines.

Il fêtait le soir sur des arcanes romanes solitaires.

 

Il jetait ses amarres solides en nombre apostolique.

Elles résonnaient sur des constellations de syllabes millénaires.

Elle s’en allait là-haut serrer fraternellement la main de Blaise.

 

A force d’heures opiniâtres, il s’est ce soir paré des voiles de l’aventure.

 

Embarquez, installez-vous, saluez les alizées, défiez les quarantièmes.

Préférez le hamac tendu sous la hune, les hoquets de la proue, la sagesse de la poupe.

Optez pour la table du capitaine, le bal dans les salons ouatés ou les chants des marins sous la lune…

 

Abandonnez-vous  aux murmures du vent dans l’émoi qui scintille.

16/02/2018

C Sagrada Famiglia (116) (Copier)

 

 

Inscrivez vous

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Xavierb44 |
Eliphas Levi |
Laplumequivole |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | A la croisée des humains
| Toutpoeme
| Bradeley2004