Rougon

11 août 2019

Poésies, Traces

Hisser la république aux sommets des synthèses salvatrices. A l’argile, au granite, au bouleau et au buis. Puis l’asseoir dans la soldanelle et réaliser la symbiose de cent séants posant céans. Bleu violacés, jusque sur les guiboles. Car la montagne est rude et ne s’en laisse pas conter sans protester.

Sur les ruines du donjon, un conteur au regard de grimoire délire : « Il était une fois un ministre. Il s’appelait Guizot. Un jour, par sympathie sociale, il sodomisa rageusement l’idéal laïc. Un siècle plus tard, un voile sombre et sec s’abattit sur son ombre pour dissimuler son sexe en singeant la sagesse de l’au-delà.

Un soir, un drapeau devenu noir, s’enflamma dans les braises rouges de la butte. Monsieur Thiers en lacéra les fibres. Il se prénommait Adolphe.

Un tantinet de circonspection, put permis de se méfier ensuite des sursauts de l’histoire… »

Il s’allonge alors sur le banc de la place et scrute l’horizon, vertical dans les bras de la croix qui dresse ses frontières rigides aux cieux étonnés.

Le paysage à Rougon siège aux blessures telluriques de l’histoire. Il panse chaque jour les combats de l’eau et de la pierre. Il mesure les dégâts musclés d’une diplomatie de velours. Les collatéraux, comme murmurent gênés les politiques…

En bas, Saint John serpente et siffle sur les esthètes de bois, les esthètes de veau et les esthètes de trucs. Il perce de ses syllabes muettes le mystère des avancées de reptiles à carapace. Il mesure tout le poids du silence. Il convainc de l’oreille que la voie serait meilleure par ici plutôt que par là. Il louvoie du vocable sur des quarantaines rugissantes. Il lance ses amarres aux sanguinolentes douleurs terrestres…

… Ce qu’il faut de salive pour pacifier le crépuscule dans son combat entre ombre et lumière !

Au-dessus du schisme, au-dessus des palabres diplomatiques, Rougon gouverne son avenir aux volets qui se ferment. Il médite l’ingratitude et grommelle à l’avancée du désert. Il s’abreuve à son paradis oculaire, s’enivre aux parfums des sommets, se grise à la vie du troupeau en estive.

Mais il est trop tard. L’irrémédiable transhumance achève les derniers agneaux que l’été a enfantés. Elle les ramenait jadis aux douceurs de la crèche et à la chaleur de la bergerie. Elle pousse aujourd’hui ceux qui restent dans la vaste blessure laissée là par le Verdon.

Peu à peu, les vanités singulières s’en sont allées vers les fatuités urbaines.

Désormais seul, il ne reste à Rougon que la mémoire des fêtes plurielles.

02/11/2015

Rougon (17) (Copier)

 

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