Fort du Saint Eynard

12 août 2019

Poésies, Traces

Vol à voile. Vole aux vents. Sans champignon ! Se libérer de toute contrainte et défier Icare à deux pas de chez lui. S’élever en spirale au-dessus de l’Isère, traverser la vallée, tutoyer le rocher puis s’en aller faire la cour aux jolies frimousses de Belledonne.

Belle donne… Belles femmes fortes et fières qui clignaient de l’œil près de la frontière pour nous entraîner vers un inconnu suave. Silhouettes dentelées dressées à la débauche oculaire.

Les courants de la plaine qui montent en spirale aspirent ici les planeurs ravis. Leurs pilotes experts frôlent la roche grise du fort du Saint Eynard. Mais elle en a vu d’autres. Des ailes plus bruyantes qui lacéraient le ciel de pensées plus nocives leur ont déjà gratté les aisselles et titillé les sens. Alors ces libellules frêles et fines, pensez donc ! Les pierres de la forteresse les accueillent d’un œil amusé.

Le spectacle, réglé par un saint certainement très inspiré nous laisse benoît à défaut de nous laisser pantelant. Loin au-dessus de Grenoble qui s’agite à nos pieds, nous suivons l’escalade volubile de l’insecte et de son tuteur. Soudain, il s’affranchit de son escorte pesante, tangue quelques infimes secondes dans les cieux surpris avant de s’en aller vers les hauteurs promises. Les yeux écarquillés, nous assistons à sa montée muette en spirales timides d’abord puis en cercles larges au-dessus de la vallée qui les oublie déjà.

Il se dresse bien plus haut que nos têtes et plonge soudain sur la sentinelle jadis belliqueuse. La Chartreuse est terre de silence et l’engin est ici le bienvenu.  Il rase l’herbe rare sur le rocher impassible et son tuteur habile utilise sa légèreté et sa rigidité pour le cabrer sur le haut d’une vague invisible qui l’emporte là-bas au milieu de la vallée. Il saute d’un courant à l’autre, parfois montant en flèche, parfois dévalant tête en avant vers une mort certaine.

La structure de fibres de verre, de carbone et de résine résiste longtemps aux doutes. Elle joue et rejoue une pièce mille fois répétée. Un grand moment de plaisir s’échappe du cockpit sommaire et on devine des sourires entendus à défaut de francs éclats de rires.

Une joie naïve nous envahit à suivre les voltes, les virevoltes et les archivoltes désinvoltes de l’ersatz de rapace. Nous applaudissons au bonheur de posséder son art, de connaître sur le bout du doigt la tâche à accomplir pour atteindre un résultat sans tache.

30/11/2015

Fort du St Eynard (13) (Copier)

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