Sur le balcon d’Occi

12 août 2019

Poésies, Traces

En bas, voguaient parfois des voiles peu vertueuses. D’ici, on pouvait patiemment épier leurs voyages voraces.

Une simple trace, dans le maquis, esquissa leur dessein : s’élever pour longtemps au-dessus de la peur.

Las mais heureux, ils déposèrent un soir leurs besaces sur ce paroxysme de l’acuité visuelle. Entre ciel et terre.

A mi-chemin entre le palpable et l’impénétrable.

Les jours et les saisons firent le reste…

Mais la route est rude pour parvenir à Dieu. Elle exige des peines. Elle impose des plaies. La vie, dans ce désert de pierre, naquit de leurs murmures, de leurs gestes d’abord susurrés. Elle grandit dans le refus du granit à leur donner des fruits.

Plus tard, ils unirent leurs bras pour élever une chapelle. Tout près, ils fixèrent un olivier, noueux comme leurs nuits, serein comme leurs aubes.

Leurs maisons se bâtirent, solides, prêtes à affronter l’éternité. Frugale et pastorale, la vie s’était installée. Les siècles, en chapelets, pouvaient lentement égrener leurs heures, leurs minutes et leurs secondes.

Un jour, par mimétisme peut-être, les plus jeunes d’entre eux s’affranchirent des longues montées harassantes. L’un après l’autre, ils se laissèrent happer par les jeux de la plaine.

Quand il n’en resta plus qu’un, âgé bien sûr, il jura de ne pas trahir la mémoire des ancêtres. Il leur resta fidèle jusqu’au soir qui lui ferma les yeux.

Alors, il ne resta que l’âme du vent sur les pierres d’Occi. Certaines aubes, elle chante gaiement dans les ruelles désertes Certains jours, elle lance de lancinantes plaintes à des oreilles absentes. Certains soirs, elle sifflote entre les murs. Il est des nuits de folie où elle geint sa solitude. Il en est d’autre où elle hurle sans trêve à l’oubli.

Au printemps, une douce respiration réveille ce monde minéral. En été, parfois, un accès de colère assombrit l’avenir et déchaîne des hordes de jurons sur la terre étonnée. En automne, les reproches se font plus forts.

Ils arborent un ciel uniformément gris et cinglent leurs reproches sur toute matérialité. L’hiver venu, dieux et demi-dieux lâchent des tonnes de regrets sur cette pierre séculaire.

Alors, cri par cri, grain par grain, souvenir par souvenir, la mémoire s’envole.

Au loin, à peine plus haut, le monastère de Corbara éclate de sa blancheur sur l’horizon. A mi-chemin entre palpable et impénétrable…

A mi-chemin entre les hommes et leur Dieu.

29/11/2015

Occi 2011 (96) (Copier)

 

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