Visions

12 août 2019

Emois, Poésies

En glissant vers l’Aisne, on roule jusqu’aux collines creuses et rondes de Moselle. Des clichés vert-absinthe y inventent le soir quelques fêtes galantes où quelques verres saturniens s’éclusent avec délicatesse. Ils courtisent la Moùse qui s’amuse, qui musarde et qui muse de méandre en méandre.

Au-delà du plaisir, en poussant vers le pôle, coule entre Sambre et Meuse un pays mi-chaud, mi-froid qui s’invente des icebergs dans les ombres du brouillard de novembre. Une figure tourmentée y distille lentement les splendeurs de la nuit qui remue dans les arcanes sveltes du cerveau.

Plus loin vers l’est, visible d’une ligne bleue plantée sur l’horizon, le Rhin, beau depuis les pacifiques embrassades d’avant-tonsures glisse sur un bateau ivre de réconciliations. A sa proue un fantôme ceint d’épines barbelées, la tête posée sur le Hohneck gît, un point rouge sur le côté droit.

Plus au sud, les amples syllabes du transsibérien d’où Blaise descendra tout à l’heure déroulent leur interminable bourlingue mordorée. Portrait sépia d’un manchot perdu sur les fuseaux horaires qui cherche l’or sous la banquise immense et dans une forêt luxuriante d’heures folles.

Au pied des Alpilles souffle un vent qui rend fou et qui tourne avec le char du septentrion au-dessus de la Sorgue. Tableau coloré et calme d’une campagne nue perdue dans la liquéfaction de l’alexandrin. Une larme murmurée sur la joue du secret hydrate avec lui les lèvres sèches de l’avenir.

Sur le seuil de Bretagne, un inca doux comme un soleil venu d’ailleurs, laisse s’envoler des phrases simples comme l’air, fortes comme la tempête, vives comme l’océan. Le reflet du calme revenu s’expose au vert émeraude du lendemain et amplifie à l’envi la calligraphie du mot « liberté ».

Sur la pointe du nez s’étalent des prés verts, toujours salés, parfois cernés de consonnes luxuriantes. Une vue plongeante et grise sur la mer dresse l’inventaire des inflexions, des intonations et des parfums de l’iode ressassés pour le plaisir dans l’oreille du flux et de son reflux sans cesse renouvelés.

D’autres paysages pourraient s’animer à la polychromie du tableau. De tous les âges, de tous les horizons, ils soignent leurs phrases comme on prépare un bon

vin. Ils laissent mûrir leurs syllabes sur les adrets patients de l’été qui s’en va et se grisent le rouge aux joues des rayons rieurs des zéniths de septembre.

Ils s’offrent alors à la césure douce et folâtrent leurs arômes dans les spirales du pampre. Ils scandent dans leurs unions les récits suaves des vendanges d’hier, inventent à peine des retours fruités dans la mémoire palatale soudain réanimée. Dans la lente musique du corps émerveillé, s’évadent quelques notes anciennes.

Qu’ils étaient doux jadis les arômes de miel, de muscat, de gingembre dans la coupe dorée que nous offrit Khayyâm.

17/08/2018

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