Dans l’univers

14 août 2019

Blue Gin, Poésies

(Positive homélie ardemment opposée à ce que des profonds disent)

à Claude Renard

qu’une aube possessive

emporta vers le couchant

Je suis descendu ce matin par une sente aux ornières crottées, dans un sombre jardin tendu de fleurs ternes et froides. Elles se nourrissaient de ténèbres puis flottaient, honteuses, dans une interminable attente pâle. Depuis des siècles, elles rongeaient une terre hostile qui avait dévoré tous ses artistes.

Les arbres, parés de planches, absorbaient dans le silence un vent glacial venu du nord : farouche, il ne soufflait plus que des syllabes muettes.

Toi,

tu n’avais pas voulu descendre.

Tu préférais rester là-haut

offert

à la rouge démesure des braises de l’été

vautré

sur la verte indolence des routes sans villages.

Seul

Eternellement

Tu voyageais.

Je progressais à tâtons dans l’aube grise au soleil de métal. Ses robustes rayons me piquaient au visage, ferraillaient dans les reins puis ramenaient l’hiver. J’allais, de pierre en pierre, cueillant ça et là des fruits inaccessibles qui fuyaient encore entre mes doigts meurtris.

J’avais la faim au corps, qui lancinait sa rage, dans l’oeil vide et amer des marches solitaires : sec, au soleil du solstice, le sel fade des larmes n’a plus rien à marier.

Toi,

tu avais oublié que nous dînions ensemble

Tu déjeunas là-haut

surpris

des mille paillettes mauves accrochées au néant

comblé

de l’irruption fatale du devoir accompli

L’esquisse d’un nouveau pas m’eut été impossible. Je ne pus que m’asseoir, vaincu, sur le sol glabre du jardin triomphant. Je restai là, longtemps. Je songeais à ma terre, la lointaine, celle que ton frère Nicolas plaquait de sa matière dans le regard des vivants.

Le ciel s’était fait noir.

On dit que là-bas, un mystérieux berger raconte que le tonnerre qui roule, c’est quelque part un homme qui prêche son courroux sur la porte des cieux : la paradis, simple icône du monde, a ses contestataires.

Toi,

tu grondais ton refus au-dessus de nos têtes

Tu refusais là-haut

floué

de frêles vocalises à la liesse des anges

et tu criais

le refrain de Léo que nous chantions ensemble.

Seul

Eternellement

Louant les anarchistes morts.

Et puis,

Et puis des cloches ont résonné sur l’horizon absurde.

Peu à peu, le ciel insipide se libère de l’orage maudit. Chaque nuit, je sors à la Grande Ourse et j’observe le noir qui se vêt de nuances.

Il y a du rouge dans le feu de Sirius. Il y a du vert aux yeux d’Aldébaran. Une extase bleutée auréole Antarès et de longs cheveux blancs s’échappent d’Altaïr : à mille lieues des voyeurs anonymes, ton geste se promène sur les années lumière.

Toi,

tu lances ta passion sur une toile immense

Tu éclates là-haut

ton rire

de milliards de fusées sur la voûte céleste

plantées

dans l’espace infini du chef d’oeuvre naissant.

Seul

Eternellement

Je saluerai le soir.

Juillet 1992

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