Ecchymoses

20 août 2019

Emois, Poésies

La nuit est d’encre, propice à la pause.

 

Posé sur une redondance d’insomnie, l’âme se laisse emporter par une brise fine qui siffle et souffle longtemps au-dessus de la route.

 

Il a été long le chemin pour parvenir ici. Il a souvent été bordé d’arbustes fleuris qui éclataient de senteurs et égaillaient le jour.

 

Il a parfois été abrupt et escarpé. Ces jours-là, il portait au découragement, à l’envie irrépressible d’abandonner. Toujours, mu par une force insoupçonnée, j’ai continué.

 

Tous les matins, assidu, je me suis rendu à mon cours « d’humanité » et je pense y avoir été bon élève !

 

Mon voisin s’était donné mission de cohérence. Je m’assignai celui de loyauté.

 

J’ai failli peu de fois…

 

Mais elles étaient si belles…

 

Plutôt que de blâmer, essayez…

 

Vous verrez…

 

Seul le prêtre sait la difficulté du respect de l’engagement.

 

Ce chemin parfois à peine carrossable, m’a pourtant conduit jusque là. Aujourd’hui ne surnagent que les trous béants que vous avez laissé en son milieu quand vous fûtes trop las.

 

Le brouillard nous avait séparés, Emile, et je ne t’ai pas vu choir. A tes côtés, j’avais compris que l’on peut donner sa vie aux autres sans esprit pour intermédiaire. Je me souviens d’une « Internationale » que nous avions chantée place du colonel Fabien pour accompagner Aragon. Tu perdais un camarade. Je perdais un poète. Un seul regard a suffi pour que nous plongions ensemble la main dans le calice de la cause à défendre.

 

Je ne me suis pas aperçu de ton absence, Zuc que tout séparait de moi et qui étais mon inséparable. Toi qui fus mon négatif sur le film de notre enfance. Ton visage est désormais sépia dans la nuit qui s’étire. Nous chantions à tue-tête le chant des partisans lorsque nous chassions le comanche dans les bois. Nous simulions des rixes et tu me disais bon acteur. J’étais déjà en humanisme et je savais grimacer de sociabilité. Tu avais souvent l’impatience qui s’agitait sous la peau : un matin, privé de ta cervelle, tu manquas un peu de discernement.

 

La palette des gris de Nicolas, nous l’avons souvent éclusée jusqu’à la lie, Claude. Tu étais le roi de la barbouille et tu trempais ton pinceau dans les effluves du gin. Aux associations chromatiques irrémédiables tu te mettais à gronder les explosions de Zao ! C’était tonitruant !  Puis, nous zigzaguions sur la route ! Aux essences d’alcools parvenues en suspension, nous déclamions Ferré en glissant sur les consonnes. Et pour montrer que nous articulions encore, nous scandions Nougaro jusqu’à ce qu’un soir il brise un accord dans ta tête.

 

Nous avions embarqué sur une coquille de noix qui nous trimballa trente années durant sur les mêmes flots, Philippe. Se lever chaque matin pour poser des emplâtres sur la misère, ça fracture quelque part les idées à défaut d’égratigner le cœur. Alors, tu trouvais des placébos : un verre dans chaque port et une infinité de ports dans la nuit. Et partout, des chansons à boire. Tes amarres se distendirent peu à peu. Elles t’éloignèrent chaque jour un peu plus de la terre d’où nous te faisions signe. Jusqu’à ce que tu ne perçoives plus notre canot.

 

Tu n’avais pas de frère, Francis et moi non plus. Alors, quand le temps d’un repas nous réunissait, nous ne manquions pas de laisser vibrer celui de Maxime dans nos voix éraillées. Tu avais la loufoquerie, j’avais la malice et nos délires nous ont longtemps emportés sous des vents joyeux et bravaches. Puis, la vieille femme sans âme s’est installée chez toi. Elle commença son œuvre par celle qui t’accompagnait avant de te jeter, kilo après kilo, dans le vide ordure de l’oubli.

 

Je m’égare ce soir à scruter ce chemin.

 

Pourquoi donc m’être retourné ?

 

Tiens, voilà Orion qui apparaît. Je vais suivre sa Bételgeuse encore un peu.

 

Puis, je m’effacerai sans bruit pour vous rejoindre…

 

Peut-être dans sa nébuleuse…

 

Alors, nous trinquerons à l’éternité.

17/08/2018

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