Pourtant, j’avais le virus…

26 avril 2020

Pérégriner, Poésies

Il y a longtemps que j’avais le virus,

mais cette année c’était prévu,

j’allais mettre les bouchées doubles.

 

Contrat signé avec un ibère émacié

qui ne cessait de répéter « Tu moulines (1) !

Tu moulines ! Et tu vas gagner ! »

je rejoignais son adjoint

un petit gars rondouillard au sang chaud

un peu ibérique, un peu y barrique aussi

avec du bidon mais pas de pot belge !

 

Le premier janvier, il m’installa

du côté de Sète pour vivre en ascète,

non pas à sept (on n’était pas des nains),

mais à deux, ma petite reine et moi,

ma Rossinante flambant neuve

de couleur vermillon comme ceux

que j’allais désormais engranger.

 

Question régime c’était drastique

oeufs mollets tous les jours, en chasse patate (2),

huit heures de rang les mains sur les cocottes (3)

et le type au sang chaud derrière qui hurlait

dans un porte-voix « Tu moulines !

Tu moulines ! Et tu vas gagner ! »

 

En bon élève j’appliquais

je démarrais en facteur (4) et après la musette (5)

je serrais la vis (6) sur la plaque (7).

 

Le dimanche, je me pelotonnais (8)

sur les routes avec les copains.

Je serrais les fesses en serre-file (9)

je tricotais (10) sur le plat

je les cabossais dans les bosses,

et de fil en aiguille,

dans un sprint effréné

je tirais mon épingle du jeu.

 

Ainsi, à moi les glaïeuls et la gloriole !

 

Tout marchait bien.

Les observateurs ne parlaient que de moi,

une pléiade de journalistes zélés

me jouaient classé dans les classiques,

les plus rompus me prédisaient en danseuse

conquérant du maillot rose et m’imaginaient

en juillet, solaire, descendant les Champs Elysées.

 

C’est en mars que le drame arriva…

 

Confinés ! Tous confinés !

Plus d’ibère émacié ! Raide !

Plus de sang chaud ! Refroidi !

Et le Tour de France déplacé en septembre !

 

Mais en septembre moi,

tous les ans, je vendange (11),

j’ai les mollets qui flagellent,

une grappe de varices à l’arrière,

et un grand besoin de vacances

qui fermente sous mon maillot carmin.

 

C’est décidé, ce matin,

je me plonge dans « Les raisins de la colère »

pour oublier que cette année

je devais gagner le Tour de France !

 

Petit lexique cycliste

 

(1)  – pédaler sur un petit développement.

(2)  – rouler seul entre deux groupes.

(3)  – poignées de freins.

(4)  – rouler lentement.

(5)  – le ravitaillement.

(6)  – accélérer.

(7)  – grand développement.

(8)  – rouler au milieu de peloton.

(9)  – en fin de groupe.

(10)              – pédaler facilement.

(11)              – je ne suis pas efficace.

Plouhinec le 26/04/2020

014 (Copier)

Ma Rossinante pour gagner le Tour de France.

 

 

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